Justice : Au nom du peuple français, vraiment ?

Mis à jour : avr. 16

Un Français sur deux ne fait plus confiance à la justice. Ce désamour s’explique d’abord par la méfiance grandissante en ceux qui sont censés appliquer la loi, les magistrats. En effet, seulement un tiers considère que les peines qu’ils prononcent sont adaptées. Cette réalité n’est certes pas nouvelle, mais elle prend une dimension particulière alu moment où le gouvernement présente sa future réforme de la justice en conseil des ministres. Si ce projet de loi « pour la confiance dans l’institution judiciaire » est devenu nécessaire au vu des disfonctionnements récents (libération anticipée de détenus dangereux, réduction des incarcérations, etc.), il est à craindre que certaines dispositions soient contreproductives. Ainsi, alors que les caméras entreront dans les prétoires pour y filmer les audiences – c’était interdit jusqu’à présent à quelques rares exceptions près – les jurés ne seront plus présents pour la majorité des affaires. Comment alors ne pas s’interroger sur le choix fait par Eric Dupont-Moretti de supprimer, en première instance, les jurys pour toutes les affaires criminelles passibles de moins de 20 ans de réclusion et ce, au profit des magistrats ? Evidemment, la volonté d’éviter que certains crimes soient requalifiés en délits (et donc moins sanctionnés) et d’accélérer les jugements en privilégiant les cours criminelles départementales est à souligner. Ce choix, de fait, devrait se traduire par une augmentation des moyens des tribunaux. Mais étonnamment ce n’est pas la piste retenue. Si la justice est rendue « au nom du peuple français » elle se doit d’être proche des citoyens. Malheureusement, ce texte fait peser le risque d’éloigner encore un petit peu plus les Français de leur justice et, in fine, de ne pas favoriser le retour de la confiance.