Couvre feu, l'arme à double tranchant

C’est un confinement qui ne dit pas son nom. En effet, en annonçant un couvre-feu entre 21 heures et 6 heures, Emmanuel Macron a finalement tranché alors que, le jour même de cette annonce, il a longtemps hésité sur les mesures à prendre, traduisant ainsi l’impréparation de cette décision si lourde de conséquences pour la vie de millions de Français.

Si l’on peut comprendre que la première vague ait pris la France au dépourvu, comment ne pas s’interroger de nous retrouver aussi démunis ?

Après le fiasco des masques, du manque de lits en réanimation, des tests PCR ou encore de l’application « Stop COVID », dont le président de la République a lui-même reconnu qu’elle n’avait « pas marché », le couvre-feu apparaît comme un aveu d’échec dans la mise en œuvre du triptyque « dépister-isoler-soigner ».

Si la santé des Français est une priorité, l’instauration d’un couvre-feu recèle de nouvelles incohérences quand par exemple parallèlement nous sommes encouragés à partir en vacances ! Nul doute que la « transhumance » vers des contrées moins touchées va bousculer à nouveau les équilibres de la carte sanitaire.

Quant à l’horaire de couvre-feu de 21 heures, lui aussi pose question. Peut-on sérieusement croire qu’il y a moins de risque à être assis au restaurant pour déjeuner que lors du dîner ? Et que dire du monde du spectacle qui commençait à peine à s’en remettre et qui avait mis en place toutes les précautions sanitaires nécessaires ? Le découragement et l’incompréhension sont au rendez-vous. Attention à ne pas atteindre le degré d’acceptabilité par les Français des mesures imposées ! Choisir d’imposer un couvre-feu aurait pu faire l’objet d’un débat au Parlement. La discussion, il y a quelques jours, du projet de loi sur la sortie de l’état d’urgence sanitaire se serait très bien prêtée à cet exercice.

Si le président de la République nous a dit avoir « besoin de chacun d’entre nous », on ne peut que regretter qu’il ait préféré au débat démocratique une décision solitaire et arbitraire.