Après la crise sanitaire, comme un goût d’instrumentalisation de la démocratie…



« C'est une expérience éternelle que tout homme, qui a du pouvoir, est porté à en abuser »… Cette citation de Montesquieu résume à elle seule le paradoxe du nouveau monde que promettait Emmanuel Macron en 2017. En effet, rarement dans notre histoire récente, les contre-pouvoirs ont été, à ce point, affaiblis.


La crise sanitaire, dont nous commençons à peine à entrevoir la sortie, a révélé la piètre estime dans laquelle le président de la République tient ceux qui lui résistent, quand bien même, ils sont investis d’une légitimité ; fusse-t-elle démocratique ou institutionnelle.


Alors que notre constitution prévoit que le pouvoir d’enquête et le contrôle de l’action gouvernementale appartiennent au Parlement, l’Elysée a fait le choix – inédit – de créer sa propre « mission d’évaluation » sur la gestion de la crise. Pour Emmanuel Macron, c’est l’occasion d’un rapport « moins politique ». Une magnifique occasion surtout pour faire taire les critiques, alors même qu’à l’Assemblée nationale les députés ont débuté les travaux de la commission d’enquête sur la crise sanitaire...


Et comment ne pas s’inquiéter aussi de l’étrange marchandage auquel s’est livré Emmanuel Macron pour reporter les élections sénatoriales et régionales ? Sous couvert d’un nouvel acte de décentralisation et de moyens financiers supplémentaires, les présidents de région ont donc été invités à accepter le report des scrutins de 2021, après la présidentielle… en 2022 !


Ainsi, ce nouveau monde est celui où le fonctionnement des institutions et le calendrier électoral doivent s’adapter à la convenance du Prince. Et tant pis si, pour cela, il faut y sacrifier quelques principes démocratiques…


Rappelons-nous pourtant que « pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Cette deuxième partie de la citation de Montesquieu, le président de la République semble s’en être très largement affranchi.