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Communiqués

Ce qu’il y a de profondément perturbant avec les débats de société, c’est que chaque point de vue, parce qu’il est sensible et intime, est non seulement respectable, mais qu’il bouscule, parfois, les convictions les mieux enracinées. Bien sûr, comme députée, le doute est permis – certains diront à raison qu’il est même conseillé –, mais jusqu’à un certain point seulement, car in fine la loi tranche y compris les nœuds gordiens les plus serrés. Il faut donc s’extraire de ses conflits intérieurs pour fixer une ligne conforme aux principes que l’on juge fondamentaux. Et s’y tenir.

Pour forger ma position sur la loi bioéthique, je suis revenue au fondement de ce qu’est précisément la bioéthique. A cette idée que les possibilités infinies que la technique offre aux individus méritent d’être interrogées au regard de principes supérieurs, comme la dignité de l’homme, l’indisponibilité ou l’inviolabilité du corps humain.

Au cœur de la bioéthique réside une tension très forte entre le particulier et le général. Entre le désir – que je peux comprendre, et même partager – de saisir pleinement les possibilités que nous offre la science et la nécessité de maintenir « l’éthique de la vulnérabilité » au cœur de nos principes. Jusqu’à présent, le législateur a toujours arbitré, dans le cadre des révisions successives des lois de bioéthique, en faveur de la protection des plus fragiles, tout en ouvrant le champ à des évolutions essentielles dans le domaine de la recherche scientifique, notamment.

La présente loi abandonne cette perspective historique : d’une bioéthique au service de l’humanité, on se dirige vers une bioéthique au service de l’individu. Un individu toujours plus puissant et avide de droits nouveaux qui, si l’on satisfait chacune de ses exigences, nous conduira inexorablement à accepter ce qu’hier nous refusions ; je pense à la GPA mais aussi à des manipulations génétiques qui, malheureusement, ont déjà cours dans certains pays.

Au fond, la question qui se pose à nous est simple : ce qui est techniquement possible est-il humainement raisonnable, qui plus est à une époque où les revendications sociétales se font toujours plus nombreuses ? La réponse est non.

« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », écrivait Péguy. Emmanuel Macron a décidé de voir ce qu’il voit. Et de le dire clairement : « nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face ». Et moins encore alors que la pression migratoire monte en France quand elle reflue partout en Europe. Une exception française qui s’explique par le durcissement des politiques migratoires observées en Italie et à l’est de l’Europe, mais aussi en Allemagne, en Angleterre et dans les pays scandinaves. La France s’en tient, quant à elle, aux sempiternels discours de fermeté que des faits obstinés démentent aussitôt. Notre pays est désormais celui qui en Europe délivrent le plus de visas et où – il n’y a pas loin de la cause à l’effet – les demandes d’asile sont les plus nombreuses.

Alors sincère ou opportuniste le président ? Qu’importe au fond, pourvu que les réponses soient au rendez-vous. La 1ère relève de l’évidence : depuis 30 ans, la France ne parvient plus à intégrer les immigrés qu’elle accueille, et qu’elle accueille – il n’y a pas loin de la cause à l’effet – en trop grand nombre. La 2ème concerne nos politiques migratoires (asile, aide médicale d’Etat, reconduite à la frontière) qui non seulement sont défaillantes, mais constituent de véritables appels d’air. La 3ème intéresse des enjeux plus lointains, mais pourtant cruciaux : le 1er continent d’immigration connaît actuellement une croissance démographique sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Si l’Europe ne réinvestit pas, et de toute urgence, la question du codéveloppement avec l’Afrique, notre continent se prépare à des lendemains très difficiles.

En réalité, Emmanuel Macron opère un revirement spectaculaire. Un an plus tôt, sa majorité à l’Assemblée votait une loi facilitant le regroupement familial. La même année, son gouvernement délivrait 255 000 titres de séjour et expulsait à peine 1 étranger sur 5 condamnés pour présence irrégulière en France. Longtemps, et malgré les avertissements de certains de ses proches (lors de son départ de Beauvau, Gérard Collomb prévenait contre les risques d’affrontements communautaires), le président n’envisageait la question migratoire que sous l’angle économique. Et qui osait évoquer « l’insécurité culturelle » ou « les territoires perdus de la République » se trouvait immédiatement taxé de faire-valoir du FN. Mais Emmanuel Macron a manifestement fait sa révolution intérieure. Les raisons diverses qui le motivent, et on en devine aisément certaines, importent peu. Place aux actes !

Quitte à subir une grève, autant que ça serve à quelque chose ! Aujourd’hui, les Parisiens ont le sentiment d’être les otages d’un conflit sans raison d’être. D’un côté, des grévistes qui nous disent : NON à la réforme !  Et de l’autre, un gouvernement qui réplique : halte au feu, rien n’est écrit !

Après 18 mois de concertation, nous n’en serions encore qu’à la page blanche. Rien n’est tranché, nous dit-on : âge pivot, recul de l’âge légal de départ, hausse des trimestres de cotisation, équilibre répartition/capitalisation, même la date de mise en œuvre – 2025, 2040 – est confuse… Les mêmes : ministres en charge, 1er ministre et le président lui-même, disent tout et son contraire sur le sujet. C’est à ne plus rien y comprendre !

Echaudé par la crise des « gilets jaunes » qu’il n’avait pas vu venir – comme beaucoup, d’ailleurs –, le gouvernement n’a plus que le mot « concertation » à la bouche. Avec plus ou moins de conviction : Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire en charge de la réforme, se livre actuellement dans les médias à un exercice d’équilibrisme mal assuré : « nous déciderons… ou plutôt nous concerterons […] nous choisirons… enfin nous discuterons ». Entre com’ façon « Grand débat national » et réflexes à la vie dure, le message politique n’en ressort que plus embrouillé !

Pourtant, les termes généraux de la réforme sont simples : ou le système perdure en l’état et l’équilibre financier déjà précaire du régime sera anéanti, ou bien il faudra travailler plus longtemps pour préserver un modèle où ceux qui travaillent paient l’essentiel des pensions de ceux qui sont à la retraite. Bien sûr, ce qui passe pour un choix n’en est pas un. Et moins encore dans un monde où la part d’actifs par rapport au nombre de retraités recule fortement ! Mais le gouvernement refuse, malheureusement, de l’assumer clairement…

En somme, il choisit de ne pas choisir ; ou du moins, fait-il mine de ne pas choisir. Une posture qu’il croit nécessaire à l’apaisement d’un climat social qu’il sait éruptif, et à juste titre. Mais la grève dure et reconductible que nous subissons tend à montrer que cette stratégie « du clair-obscur » n’est, pour l’heure, pas la bonne.

La fin de la session extraordinaire approche. L’heure est au bilan. Il est double, si l’on s’en tient aux plus récentes actualités.

Positif en ce qu’il s’agit des retraites. Le rapport Delevoye – qui n’est à ce stade qu’un rapport – préconise, entre autre chose, la fin des 42 régimes spéciaux et l’alignement public/privé. Comment ne pas applaudir des deux mains ! On regrettera pour la forme que le gouvernement pinaille sur les mots (« âge limite / âge pivot ») pour n’avoir jamais à dire l’évidence : il faudra bien travailler davantage. A-t-on vraiment le choix ? A défaut de cotiser plus longtemps, il faudra réduire drastiquement le niveau des pensions. A l’heure où l’espérance de vie atteint des sommets, l’affaire est entendue.

Mais bilan extrêmement négatif, si l’on considère l’état de nos finances publiques. La crise des « gilets jaunes » a achevé les dernières velléités gouvernementales en matière de redressement des comptes publics. Notre pays se situe au fin fond de la classe : pires déficits de la zone euro, dette qui frôle 100% du PIB, et par voie de conséquence : croissance parmi les plus atones d’Europe. S’endetter pour financer le train de vie dispendieux de l’Etat, ce n’est pas uniquement « transmettre un fardeau à nos enfants », c’est brider –  tout de suite, maintenant – la compétitivité de nos entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. Illustration : quand l’exécutif renonce à sa promesse de supprimer 50 000 fonctionnaires, il reporte immédiatement la baisse d’impôt sur les sociétés annoncée en début de mandature… De la cause à la conséquence, il n’y a pas loin ! Jouer les cigales à l’heure des taux d’intérêt négatifs est tentant certes, mais qu’adviendra-t-il si la situation se retourne ?

A la rentrée, l’opposition aura fort à faire : à la fois soutenir et enrichir les réformes positives que le gouvernement veut engager, et convaincre de la nécessité absolue qu’il y a à sortir la France de la spirale des déficits où elle s’enfonce chaque année davantage.

Voici venu le temps de la trêve estivale, je vous souhaite de très belles vacances et vous donne rendez-vous à la rentrée.

Un vrai tabou pour la macronie. L’immigration est le grand impensé du quinquennat. Mais qu’importe la pensée puisque le pouvoir a les actes ! C’est précisément là que les choses se compliquent. Alors que la pression migratoire baisse en Europe, au regard de ce qu’elle a pu être au plus fort de la crise en Syrie, elle continue de progresser en France de façon significative. Pour ménager les esprits, le gouvernement choisit de présenter les choses sous un jour favorable. N’ayez pas peur, le solde migratoire (différence entre le nombre d’arrivées et de départs) est à peine positif. Question : si l’on sait grosso modo qui arrive, sait-on qui part ? Réponse : pour l’essentiel des Français. Reformulons donc l’équation : 1 étranger arrive / 1 Français part = solde migratoire à peu près nul. Vu sous cet angle, ce n’est plus tout à fait la même chose.

Mais où est le problème ? me dira-t-on. Un pays comme l’Allemagne, confronté à une baisse démographique et à un manque de main d’œuvre, a accueilli 1,5 million d’étrangers en 2015 et 1 million en 2016. Pragmatique, non ? Sur le plan arithmétique, sans doute. Mais politiquement ? La grande coalition ne tient qu’à un fil, l’extrême droite pèse au Bundestag et le gouvernement a dû durcir considérablement sa politique pour enrayer l’appel d’air qu’il a lui-même provoqué – laissant, au passage, la France assumer seule une pression décuplée. Les dirigeants allemands ont découvert à cette occasion qu’une Nation, ce ne sont pas seulement un marché de l’emploi et des taux de natalité ! Et nous parlons là de l’économie la plus performante d’Europe…

Avec 5 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres, la France n’a assurément pas les moyens d’accueillir 350 000 étrangers par an, comme c’est le cas actuellement. Et moins encore quand, partout en Europe, les frontières se ferment. La France doit d’urgence revoir les conditions d’accès à son sol, en privilégiant notamment, sur une immigration familiale qui constitue le gros des entrées (91 000 titres de séjour en 2017), une immigration de travail, à l’instar de ce que font la plupart des grands pays occidentaux.

D’ici 30 ans, l’Afrique comptera 1 milliard d’habitants de plus. Le 1er continent d’émigration enregistre la plus forte croissance démographique que l’humanité ait connue dans son histoire. Et face à ce défi sans précédent, la France est toujours à la recherche d’une politique migratoire digne de ce nom…

Islam radical et services publics : si deux notions sont aux antipodes l’une de l’autre, c’est bien celles-ci ! Et pourtant, dans un rapport parlementaire édifiant, mon collègue (LR) Eric Diard montre l’infiltration islamiste à l’œuvre dans certains services publics. En tête des secteurs faillis : les transports et le sport.

A la RATP, on ne compte plus les agents qui refusent de s’adresser aux femmes ou les espaces de repos convertis en salles de prière. Tout cela, au vu et au su de la direction, des personnels, et bien souvent des usagers. Mais pourquoi un tel laxisme ? Raison principale invoquée : la loi ne permet pas de révoquer un fonctionnaire pour radicalisation. Un contractuel de la fonction publique, oui ; mais pas un fonctionnaire ! Tenus à la neutralité politique et religieuse, les services publics n’ont donc pas les moyens de la faire respecter… Mais l’argument légal ne cacherait-il pas une certaine « culture d’entreprise » qui, au prix fort : la sécurité des usagers, s’assurerait la paix sociale ?

Autre foyer de radicalisation : le sport. Là aussi, difficile de faire valeurs plus contraires au sport que celles, autoritaires et ségrégationnistes, de l’islam politique. Pourtant, c’est bien à travers les associations – notamment dédiées aux sports de combat – qui maillent notre territoire que s’expriment les atteintes à la laïcité les plus notoires. Et là encore, avec une forme de complicité des instances dirigeantes…. Ici, c’est telle compétition reportée en raison d’une fête religieuse ; là, tel entraînement interrompu pour observer la prière ou telle tenue qui s’impose dans un lieu où elle est prohibée…

On nage en plein paradoxe : traumatisée par les attentats islamistes, la société – et à sa tête le président de la République, dont on attend toujours les engagements en la matière – semble se résigner à subir les provocations d’un islam radical qui n’ont d’autre objet que de tester sa résistance. Comme si tolérer des dérives en apparence, et en apparence seulement, inoffensives pouvait nous prémunir contre de nouvelles atrocités.

Soyons-en convaincus, la « soumission » à un idéal religieux contraire aux principes de la République n’offre à ceux qui s’y prêtent qu’un confort précaire qu’ils ne tarderont pas à regretter amèrement… La moindre compromission est un pas supplémentaire sur le chemin qui conduit droit au chaos !

Une coulée verte entre Trocadéro et la tour Eiffel, des capteurs de pollution dans les écoles et maintenant des forêts en plein Paris… C’est fou comme l’approche des municipales inspire la maire de Paris ! Mais puisque les forêts ne poussent pas en 9 mois, et qu’Anne Hidalgo occupe les premiers rôles à Paris depuis 18 ans, évaluons ses promesses à l’aune de son bilan. Privilège du sortant (ou malédiction, peut-être ?).

La politique environnementale d’Anne Hidalgo se résume d’une phrase : emm***** les automobilistes ! Avec les résultats catastrophiques que l’on connaît. Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, c’est le néant. Ou, plus exactement, l’opposé de ce qu’elle prétend : comme l’a rappelé récemment un article très fouillé du journal Le Monde, la mairie de Paris s’est affranchie des règles, expresses et tacites, qui imposaient à tout nouveau projet d’urbanisation d’intégrer une part dédiée aux espaces verts. Résultats : rien ne s’oppose plus guère au bétonnage, y compris de zones végétalisées. Les résidents du 230 rue de Courcelles qui me lisent savent de quoi je parle (la mairie de Paris envisage d’y construire des logements sociaux en lieu et place d’une pelouse arborée*). A plus grande échelle, l’opération « Réinventer Paris » a permis à la municipalité d’encaisser plus de 600 millions d’euros grâce à la vente de terrains municipaux, dont certains vierges et, à ce titre, susceptibles d’être végétalisés. Mais à ce prix-là, on se doute que les promoteurs ne vont pas y réaliser des espaces verts…

Tout au long de son mandat, Anne Hidalgo n’a eu qu’une obsession : densifier la capitale pour financer son objectif fou de 30% de logements sociaux. Et qu’importe s’il a fallu, pour s’y approcher, artificialiser des sols naturels, abattre des arbres ou supprimer des zones de verdure. Le dogmatisme n’a pas de limite…

Aucun rideau de fumée électoral, fût-il inspiré par les mesures les plus audacieuses, ne saurait nous faire oublier ce triste bilan…

*Je vous invite à signer la pétition que les riverains du 230 rue de Courcelles ont initiée en réaction au projet de la mairie de Paris

 

 

Céder une fois à la tentation, c’est risquer d’y céder toujours. Sous la pression de la rue, et à rebours de ses engagements électoraux, Emmanuel Macron a ouvert les vannes du Trésor public, et n’entend pas les fermer de sitôt. D’ailleurs, hormis le poncif de rigueur sur « la dette que l’on lègue aux générations futures », le Premier ministre n’a rien dit, lors sa déclaration de politique générale, qui permette d’affirmer le contraire. Et comme les taux d’intérêt très faibles rendent l’argent peu cher, la France emprunte à tour de bras sur les marchés internationaux ! Battant au passage les records les moins glorieux : impôts (47,5% du PIB) les plus élevés d’Europe ; déficit public (3,1% du PIB) le plus haut de la zone euro ; dette frôlant 100% de notre richesse intérieure. Et le mouvement s’aggrave encore puisque les dépenses publiques progressent toujours à un rythme effréné ; plus vite, c’est dire !, que sous le précédent quinquennat.

Mais ne serait-ce que dresser ce constat simple vous vaut immédiatement d’être qualifié de « rabat-joie ». Après tout, la France vit sous perfusion depuis plus de 3 décennies et n’en est pas morte pour autant. Et puis les montants en jeu sont tels que plus personne n’y comprend rien. La dette, en somme, c’est comme un nuage noir à l’horizon dans un ciel d’été : pour ne pas gâcher la fête, nul n’y prête attention ! Jusqu’au moment où…

Où les taux d’intérêt vont remonter ; et ils remonteront bien un jour. Deux tiers de notre dette est aux mains de fonds étrangers, autant dire que c’est un enjeu d’indépendance pour notre pays…

Et où, surtout, nos entreprises et nos classes moyennes et supérieures refuseront d’être plus longtemps les vaches à lait du système. Sur les 17 milliards d’euros de mesures concédées aux « gilets jaunes », combien iront à ceux qui maintiennent le navire à flot ? Zéro. Pire, le gouvernement va les faire payer : chasse aux niches fiscales, bonus/malus sur les contrats courts, baisse du plafond d’indemnité-chômage des cadres, j’en passe et des meilleurs.

Comme souvent avec Emmanuel Macron, nous sommes pris entre deux eaux : d’un côté, certaines propositions, y compris sur l’assurance-chômage ou les retraites, que l’on approuve et de l’autre, un laxisme budgétaire qui rien ni personne n’entend corriger.

C’est comme devoir se prononcer sur une politique qui se revendiquerait libérale et socialiste à la fois ! Une gageure…

« Emmanuel Macron a siphonné la droite », lit-on ici et là. Prenons la formule au mot : Macron + l’essentiel (soi-disant) de la droite = 23% des voix. On a connu position hégémonique plus écrasante. Pourtant la majorité, secondée par quelques chroniqueurs peu soucieux d’arithmétique, se comporte comme si les européennes furent un succès. Succès tactique, sans aucun doute : faire passer une défaite pour une victoire relève du tour de force ! Mais certainement pas un succès électoral, au sens où nous devrions l’entendre.

En réalité, Emmanuel Macron profite de la comparaison avec les partis de gouvernement. Il n’est fort que de leur faiblesse. Mais comparaison n’est pas raison. Et la raison oblige à dire qu’à l’aune du scrutin européen, notre démocratie ne se porte pas bien. Aucun parti n’est en mesure de rassembler plus d’un électeur sur 4 – et encore ! Les Français qui votent ne le font plus guère que pour exprimer leur rejet du camp adverse. Le débat politique tient sur un post-it : CONTRE Macron / CONTRE Le Pen, et frise l’asphyxie, au moment où, pourtant, il n’a jamais eu plus besoin d’oxygène…

Tout à son idée de poursuivre la re(dé)composition de la scène politique, le pouvoir s’ingénie à brouiller les pistes. Et en la matière Edouard Philippe se révèle un disciple du « en même temps » plus convaincant que son maître. Son discours de politique générale a donné la pleine mesure de son talent. Il y en eut pour tous les goûts : une pincée d’écologie, une autre de sociétale, quelques baisses d’impôt très ciblées, le tout enrobé dans un discours soigné mais dénué de souffle. Pourtant, certains, dont je suis, restent sur leur faim : où trouver les économies nécessaires au financement des indispensables baisses d’impôt ? Pourquoi ne pas dire un mot à l’endroit des entreprises, sinon pour annoncer des coupes claires dans les niches fiscales qui les concernent ? Et pourquoi s’auréoler de bons résultats en matière de sécurité quand tout indique le contraire, à commencer par les chiffres officiels ?

« Le plus grand péril se trouve au moment de la victoire », disait Napoléon. Une citation que le pouvoir pourrait méditer ; et plus encore si ce qu’il considère comme une victoire n’en est pas vraiment une…

Quels enseignements tirer à chaud des européennes ? D’abord, la cristallisation du duopole Macron/Le Pen. Un duopole qui cultive les antagonismes de fond autant que les ressemblances stratégiques. Même rejet des clivages traditionnels, mêmes ressorts électoraux : la lutte contre l’adversaire que l’on s’est choisi comme argument électoral n°1.

Mais ce qui surplombe cet affrontement, et qui m’inquiète plus fondamentalement, c’est la matérialisation politique des fractures sociales de notre pays. Là où feu les vieux partis de gouvernement s’efforçaient d’atténuer les clivages sociologiques, LREM et RN s’emploient à en grossir les traits, y compris jusqu’à la caricature. D’un côté, le parti des gagnants et de l’autre, celui des perdants. Avec le risque d’affrontement que cela implique à terme…

Un propos qui fait le lien avec la suite : la débâcle de la droite, qui n’a précisément pas su s’extraire de cette bipolarisation d’un genre nouveau. Pas su proposer une alternative à ce choc des contraires. Bien sûr, il est toujours possible de rechercher des coupables expiatoires. Mais où commencent et où s’arrêtent les responsabilités ? Hier ? Il y a 1, 5, 10 ans ?

Il est temps de nous arrêter sur les raisons profondes de nos échecs successifs. Il nous appartient de redonner du sens à notre mouvement politique et d’être à nouveau crédible comme force d’alternance. Si pour certains cela passe avant tout par une interrogation sur notre gouvernance, d’autres interrogations doivent nous interpeller, comme notre capacité à être force de propositions tant sur le régalien que sur le sociétal ou l’environnement.

Partout en France, des élus réalisent des projets utiles et agissent pour améliorer le quotidien des Français, quand l’appareil partisan semble enfermé dans une logique d’opposition. Valorisons ce que l’on fait plutôt que ce que l’on veut défaire. Sachons dire quelle société nous voulons plutôt que celle que nous refusons. Battons-nous pour le meilleur plutôt que contre le pire. En un mot : soyons positifs !

Car rappelons-nous cette évidence trop longtemps perdue de vue : la politique n’est rien d’autre que la manifestation d’une espérance collective.