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Alors que la société entière, à commencer par la majorité présidentielle, se déchire sur la question du voile, Emmanuel Macron a déclaré ce jeudi à La Réunion « Le port du voile dans l’espace public n’est pas mon affaire. C’est ça la laïcité. ».

On comprend bien la philosophie qui sous-tend les propos du président : dans une conception libérale, la société et l’Etat sont bien distincts et le président n’a par conséquent pas vocation à agir sur les représentations dans l’espace public où les individus sont libres d’exprimer leur foi. C’est précisément parce que l’Etat reste neutre qu’il peut permettre la diversité des expressions religieuses dans la société civile.

En cela le président s’en tient fidèlement à loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat : « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle », selon la phrase d’Hugo. S’il faut reconnaître au président cette fidélité à 1905, il commet une erreur en parlant de « laïcité », un mot qui n’apparait pas une fois dans la loi de séparation et qui relève d’une philosophie politique qui varie selon les pays. Cette intervention est d’ailleurs cohérente avec le discours énoncé au collège des Bernardins, au cours duquel le président invitait même les instances religieuses à investir la société. « Une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation », avait-il alors déclaré.

L’erreur commise par le Président est de considérer que la société et l’Etat sont deux sphères indéfiniment déconnectées. Cette conception naïve a été démentie le 3 octobre dernier, lorsque Mickaël Harpon a assassiné quatre fonctionnaires à la préfecture de police de Paris. Voilà donc un individu qui dans sa liberté civile s’était radicalisé, mais qui travaillait au service de l’Etat. L’Etat n’est pas une chose abstraite, il est composé d’individus, qui eux-mêmes se façonnent dans la société. La société civile est donc bien l’affaire du président, et aucun problème dans la République ne devrait être étranger au chef de l’exécutif. Ce dernier, qui n’avait pas hésité à parler de « société de vigilance » en appelant chaque citoyen à intervenir, fait preuve d’une étrange retenue sur un sujet aussi préoccupant pour les citoyens français de toutes confessions.

Il est enfin regrettable qu’après les interpellations violentes qui ont visé Jean-Michel Blanquer, notamment de la part de certains proches de l’Elysée, après la courageuse tribune de 101 musulmans luttant contre le communautarisme parue dans Marianne, le président n’ait pas su apporter son soutien ou éclaircir sa vision des choses, laissant notre pays à ses fractures internes.

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