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Les polémiques sur la loi luttant contre les fausses informations sont révélatrices des errements du débat public en France. Certains – élus, médias, associations – prêtent à ce texte les pires intentions. A les entendre, le pouvoir tenterait de mettre les médias en coupes réglées et d’interdire le débat d’idées. La vérité est plus prosaïque et, disons-le, moins grandiloquente.

 

La loi entend principalement obliger les plateformes (Facebook, Twitter et Google en tête) à indiquer, durant les 3 mois qui précèdent une élection nationale, l’identité de ceux qui les paient pour diffuser des contenus d’information promotionnels. Des contenus qui se donnent l’apparence des informations classiques, mais qui sont tout à fait autre chose ; et que l’on pourrait rapprocher de la propagande électorale. L’objectif est simple : permettre aux lecteurs de savoir si ce qu’ils lisent vise à les informer ou à les convaincre de soutenir ou de rejeter un candidat ou un programme.

Je fais le parallèle avec ces blogueurs à succès qui donnent leur avis sur tel ou tel produit et que l’on appelle « influenceurs ». La loi leur impose depuis peu d’informer leurs abonnés lorsqu’ils présentent un produit pour lequel ils ont perçu une rémunération. Quoi de plus normal ? Il est évident que cette logique doit également prévaloir pour les informations sponsorisées.

La loi prévoit également qu’en cas de diffusion « artificielle, massive et de mauvaise foi » d’une fausse information, un candidat à une élection nationale peut saisir le juge des référés pour faire cesser cette diffusion. Le juge ne s’érige pas en censeur – ou alors il l’est à chaque fois qu’il se prononce en matière de diffamation ou d’injure publique –, mais en rempart contre d’éventuelles campagnes de désinformation « de nature à altérer la sincérité du scrutin ». Où est l’atteinte à la liberté d’expression là-dedans ?

 

Et pourtant une phrase suffit à affaiblir l’ensemble du dispositif : « Toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable constitue une fausse information ». Au-delà du verbiage technocratique, il est très inquiétant que le Parlement puisse prétendre établir ce qui est vrai ou faux. Et chose incroyable : alors que le texte alimente déjà suffisamment de fantasmes infondés, les députés En Marche refusent obstinément de supprimer cet alinéa ; y compris contre l’avis de la ministre de la Culture qu’ils n’ont pas hésité à mettre en minorité.

Il n’est pourtant pas possible d’avoir raison contre tous. Et ce n’est pas une fake news !

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