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A la défiance généralisée que les citoyens éprouvent à l’égard de la classe politique, Emmanuel Macron a choisi de répondre de la façon la plus cynique qui soit : désigner à la vindicte un bouc émissaire, en l’occurrence le Parlement et lui seul. Succès populaire garanti ! Chauffée à blanc par les scandales et l’inefficacité des politiques publiques, l’opinion acquiesce aux mesures visant à réduire le nombre de parlementaires ou les moyens qui leur sont dévolus pour légiférer et contrôler l’action du gouvernement. Mais ce qui relève d’abord d’un ressentiment, justifié à bien des égards, ne doit pas devenir le leitmotiv de la réforme. Ici Emmanuel Macron n’attaque en rien les causes de la crise de confiance qui abîme notre démocratie, il se contente d’orienter le flot de la colère vers le seul Parlement. Ce faisant, il pense sans doute faire coup double : répondre aux attentes des Français et affaiblir le pouvoir législatif à son profit. Mais il se trompe lourdement.

Toute démocratie est d’abord le fruit d’un équilibre des pouvoirs. La Vème République s’est toujours caractérisée par ce que les constitutionnalistes appellent « le parlementarisme rationalisé ». En clair, l’exécutif dispose de mécanismes puissants (dont le fameux 49.3) pour imposer sa politique, y compris à des majorités parlementaires réfractaires. Il en résulte une très grande stabilité politique, dont il faut se réjouir, mais tout en gardant à l’esprit qu’aucune autre grande démocratie libérale n’accorde une telle primauté au pouvoir exécutif.

Limiter encore davantage les prérogatives du Parlement – ce qu’envisage très clairement Emmanuel Macron à travers une multitude de mesures d’apparence technique mais éminemment politiques, comme la révision des règles d’irrecevabilité des amendements –, c’est faire irrémédiablement basculer nos institutions vers une forme de présidentialisme débridé. Est-ce là une réponse convaincante à la crise de confiance que traverse notre démocratie ? Est-ce vraiment ce que veulent les Français ? Je ne le crois.

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