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On nous promettait un cataclysme électoral. Ce qui s’est produit est pire encore : 60% des Italiens ont voté en faveur de partis qui rejettent l’Europe. Le pays réputé, hier encore, le plus europhile du continent est à son tour gagné par le scepticisme. L’Italie vient grossir les rangs déjà bien garnis des pays où l’europhobie domine : Royaume-Uni, Pologne, Hongrie, Autriche, République Tchèque, Bulgarie et cela augure mal de la suite. Si rien n’est fait d’ici là, les élections de 2019 pourraient consacrer un Parlement à majorité anti-UE… Mais à qui la faute ? Emmanuel Macron dénonce, en cœur avec les dirigeants bruxellois, les populistes qui attisent les colères et agitent les peurs. Réponse commode mais inopérante. Traiter le symptôme du mal est inutile si l’on ne s’attaque pas à ses causes profondes. Le populisme est la réponse des citoyens inquiets et furieux face à l’incapacité de l’Europe à les protéger efficacement, notamment contre l’afflux massif de migrants. L’heure n’est plus aux grands discours théoriques, façon Emmanuel Macron à la Sorbonne, mais à l’avènement d’une Europe qui fait ses preuves sur le terrain.

De la théorie à la pratique. Un chemin décidément sinueux pour le gouvernement lorsqu’il s’agit des sujets régaliens. Dernier exemple en date : la « refondation pénale ». Emmanuel Macron se dit favorable à des aménagements (bracelets électroniques, travaux d’intérêt général) pour les peines de prison les plus courtes. Objectif : désengorger les prisons dont les capacités d’accueil sont saturées à 143%. Sauf que le président de la République ne peut ignorer que la plupart de ces peines ne sont déjà pas exécutées (100 000 non effectuées en moyenne par an). Nul ne libère une place qu’il n’occupe pas… Plus inquiétant, le président de la République n’entend pas construire de nouvelles prisons (malgré les 15 000 places supplémentaires qu’il s’était engagé à bâtir durant sa campagne), alors que la France, avec 88 places pour 100 000 habitants, est très loin de la moyenne européenne qui s’établit à 130 pour 100 000. Affaiblir la portée des condamnations pénales au moment où la délinquance explose (600 000 faits de violence dénombrés en 2017 !) est un contresens absurde et dangereux.

Autre danger, celui-là plus insidieux : la réforme des institutions. Emmanuel Macron fait feu de tout bois : baisse du nombre de parlementaires, introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, révision du droit d’amendement, etc. Il y a à prendre et à laisser (j’y reviendrai lors de prochains billets), mais arrêtons-nous un instant sur ce dernier point. Emmanuel Macron envisage de conditionner le droit d’amendement à la taille du groupe parlementaire. En clair, plus votre groupe est important et plus votre capacité d’amendement est grande. Une prime supplémentaire à la majorité et un mauvais coup porté aux groupes minoritaires, sans parler des députés non-inscrits dont les capacités d’action seraient réduites à néant. Plus fondamentalement, cette mesure traduit une lecture biaisée de la démocratie parlementaire. Le principe majoritaire s’exprime lors de chaque vote, et c’est bien naturel, mais la discussion parlementaire doit demeurer un espace de liberté et d’échanges susceptible d’enrichir les textes de loi. Et qu’importe si cela déplaît à exécutif !

 

 

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