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Elections municipales à Paris : comment ça marche ?

L’élection municipale à Paris est sans nul doute la plus médiatique de toutes les élections locales. Pourtant, les contours du scrutin restent flous pour beaucoup de Parisiens. La presse nous annonce un duel de femmes entre Nathalie Kosciusko-Morizet et Anne Hidalgo, mais en réalité aucun Parisien – hormis ceux qui vivent dans les 14e et 15e arrondissements où elles se présentent respectivement – ne votera directement pour l’une ou l’autre les 23 et 30 mars prochains. Quant aux instituts de sondage, ils livrent des prédictions à l’échelle de Paris qui n’ont aucun sens puisqu’il ne s’agit pas d’une seule élection mais de 20 – autant que d’arrondissements parisiens. Hors de question de minimiser le rôle fondamental des chefs de file parisiens, mais il faut tout de même bien comprendre que la règle du jeu électoral veut que l’avenir de Paris se décide d’abord dans les arrondissements.

La loi Paris-Lyon-Marseille de 1982, dite loi PLM, attribue aux 3 plus grandes villes du pays un mode de scrutin spécifique qui, de façon un peu schématique, ressemble au scrutin présidentiel américain. Chaque électeur vote dans son arrondissement de résidence pour la liste de son choix conduite par un chef de file local. Suivant les résultats et la démographie de chaque arrondissement, les listes arrivées en tête obtiennent des conseillers de Paris qui composent le futur conseil municipal, seul compétent pour élire le maire de Paris. Ce dernier est donc élu par des grands électeurs issus des 20 arrondissements, et non directement par les Parisiens. D’autre part, le scrutin proportionnel par arrondissement valorise considérablement la liste victorieuse en lui attribuant presque automatiquement les deux tiers des postes. Prenons le cas théorique d’un arrondissement où 16 sièges de conseillers de Paris sont à pourvoir : avec 50% des suffrages + une voix, la liste qui l’emporte décroche 12 sièges, contre seulement 4 pour la liste battue d’un cheveu. Si le système permet de dégager des majorités très nettes dans les arrondissements, il peut aussi présenter un inconvénient majeur à l’échelle de Paris : autoriser l’élection d’un maire minoritaire en voix. Ce fut le cas de Bertrand Delanoë en 2001. Le cumul de voix obtenues par les listes de Philippe Seguin était supérieur à celui des listes de gauche, mais le nombre des conseillers de Paris élus lui était à l’inverse défavorable.

En réalité, ce mode de scrutin contribue à accentuer les fractures territoriales entre l’Est et l’Ouest et rend plus difficile la concrétisation d’un projet politique parisien. Nathalie Kosciusko-Morizet a, d’ailleurs, proposé l’élection directe du maire de Paris par les Parisiens, sans toutefois remettre en cause l’élection des maires d’arrondissement. Une proposition qu’Anne Hidalgo s’est empressée de rejeter. Il faut dire que le scrutin actuel la favorise largement, comme le prouve d’ailleurs sa récente déclaration à la presse : « pour que la droite gagne, il lui faudrait 53 % des voix au deuxième tour » (Figaro, le 8 janvier 2014). Une inégalité du système encore accentuée par le récent tripatouillage électoral auquel s’est livré le gouvernement en supprimant des conseillers de Paris dans 3 arrondissements « de droite », dont le 17e (dont la population pourtant n’a cessé de croître).

Pour résumer, les Parisiens doivent choisir avec un seul bulletin de vote quelles politiques ils souhaitent pour leur arrondissement et pour Paris. Deux aspirations parfois contradictoires. Il n’est pas rare, en effet, qu’un électeur soutienne l’action de proximité de son maire d’arrondissement, sans pour autant partager les mêmes opinions politiques sur le plan national et même parisien. Beaucoup d’électeurs s’y perdent. Il est temps de redonner une lisibilité démocratique à ce scrutin fondamental. La prochaine maire de Paris devra s’y atteler sans tarder et proposer au Parlement une modification de la loi en ce sens.

Brigitte Kuster publie actuellement un ouvrage (Madame le ou le maire ? Appelez-moi Brigitte !) consacré à la vie politique parisienne.

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